Prenez rendez-vous
EN LIGNE

Parc olympique 514 259-4553

Saint-Lambert 450 500-4554

Un blanc avec un projet un peu fou

20 avril 2017     Écrit par : stadium     Catégorie(s) : Ambassadeurs

Dans cette deuxième capsule, je vous introduis à une partie de la logistique qui précède mon expédition, soit la phase préparatoire.

Cette phase comprend le choix du partenaire d’expédition, la planification de l’itinéraire (l’étude du terrain et du parcours d’expédition, le transport pour s’y rendre et s’y faire récupérer), la préparation des équipements (le système de communication satellite, les balises de détresse, les mesures de sécurité pour les ours polaires, la nourriture), la recherche de commandite (le coût total de l’expédition est près de 100 000 $), le plan de communication/média/diffusion et, sans oublier, l’entrainement physique !

L’étude d’un territoire inexploré

Outre le choix de partenaire d’expédition qui est un facteur essentiel de réussite dans cette aventure, je dirais que l’étude du territoire est certainement la partie de la logistique qui occupe le plus de mon temps. En effet, l’itinéraire doit tenir compte des possibilités d’atterrissage dans la toundra par un avion de type Twinn Otter en début d’expédition. L’étude des glaces dans le Bassin Foxe est également importante, car on doit s’y faire récupérer par des pêcheurs Inuits en provenance d’Igloolik. Ces derniers doivent se frayer un chemin à travers les banquises sur une distance de 125 km pour venir nous chercher.

Un étude approfondie de la rivière à travers les cartes topographiques disponibles me permet d’identifier une pente de 600 mètres entre la source de la rivière Isortoq et notre point d’arrivée dans le Bassin Foxe. Un parcours de 275 km, du nord au sud de la partie centrale de la Terre de Baffin, dans un sillon forgé à travers les montagnes. 

Ma plus grande préoccupation concerne les sections de rivière infranchissables. Comment savoir ? Seul un groupe de personnes dans les années 87 et 88 a parcouru de petites distances sur la dernière partie de l’Isortoq. Mes recherches auprès des communautés Inuits les plus proches n’ont donné aucun résultat. Les Inuits sont un peuple marin. Ils ne s’aventurent que rarement dans les terres.

Les cartes topos nous donnent des indices des pentes certes plus accidentées par endroit, mais sans plus. Le docteur  Royer, professeur et chercheur à l’Université de Sherbrooke, une sommité dans l’étude des glaciers et préoccupé par les changements climatiques, m’a mis en relation avec Charles, un autre chercheur. Ce dernier a utilisé les données satellites de l’Agence spatiale européenne pour faire sa maîtrise sur les glaciers Penne et Barnes, les derniers vestiges de glace sur l’Île de Baffin, qui recouvrait l’ensemble de l’Amérique du Nord il y a 18 000 ans.

Charles m’a donné accès à une imagerie satellitaire qui me permet d’arpenter la rivière mètre par mètre et de pointer virtuellement sur mes cartes topos les endroits où il nous faudra être prudent, mon compagnon d’expédition Christian et moi. L’utilisation de cette technologie satellitaire est une première dans l’exploration des rivières sauvages de notre territoire. Grâce à elle, je peux avoir une bonne idée du relief qui borde la rivière, et identifier les chutes et cette gorge à mi-parcours, d’une longueur de près de 8 km. Une fois engagés, aucune porte de sortie. C’est comme entrer dans le couloir de la mort. Imaginez un corridor de 8 km avec des falaises de chaque côté, des cascades et des chutes qui se succèdent !
 
On ira lire la rivière comme on dit dans notre jargon de canoteurs expérimentés. Si on juge que le danger est trop grand, on fera le portage qui nous prendra près de 5 jours, compte tenu de la nature du terrain montagneux et rocheux, et des 3 allers/retours qu’il faut compter pour transporter tout notre matériel. J’appréhende ce moment non pas avec crainte mais avec excitation. Ça fait partie de l’aventure. L’inconnu étant appréhendé non pas avec crainte et témérité, mais avec le désir de découvrir, de faire face à l’épreuve. Un genre de rituel initiatique qui nous donne accès aux parties les plus vulnérables de notre être tout entier. C’est là que réside toute la beauté de l’expédition en soi.
L’ours polaire : compagnon de voyage imprévisible !

Pendant qu’on portage, et tout au long de notre descente, il faudra nécessairement tenir compte de notre troisième compagnon de voyage, l’ours polaire. Sa présence dans ces lieux est la deuxième en importance dans tout le territoire Arctique, sans compter les meutes de loups dont m’ont mis en garde mes amis Inuits d’Igloolik. Un blanc avec un projet un peu fou disent-ils ? QALLUNAARULUK!

Une clôture munie de câbles auxquels sont attachés 8 dispositifs de balle à blanc de fusil de calibre 12 nous servira de barrière autour de notre campement pour nous alerter de la présence d’un intrus.

Dans la troisième capsule qui suivra le mois prochain, j’aborderai une autre partie de la phase préparatoire, tout aussi importante que la logistique, soit la préparation physique et psychologique. Entre temps, vous pouvez consulter les onglets « Au coeur de l’inconnu – Rivière Isortoq » et « Expédition et Logistique » sur ma page web www.andremalacket.com pour en apprendre davantage sur le territoire, les préparatifs et l’itinéraire d’expédition.

À très bientôt !

André Malacket

Explorateur/Conférencier